Il y a toujours un chemin.

HumanFrench

Un français patient, bienveillant et humain.

LE LABO · L’examen · Nº 30

Je suis bloqué au B1 : monte l'écoute d'un cran, et parle autant que tu écoutes

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Tu as eu ton B1 il y a huit mois. Depuis, tu écoutes des podcasts, tu fais des exercices, tu regardes des séries sous-titrées. Pourtant, au dernier test blanc, même score. Tu comprends l’essentiel, mais dès que le sujet sort du quotidien, tu décroches, et quand tu parles, tes phrases sont celles d’il y a un an. Tu te demandes si tu as atteint ton plafond. Tu n’as pas de plafond : tu as un réglage à changer.

Ce que la recherche a trouvé

Karen Lichtman et Bill VanPatten (Lichtman & VanPatten, 2021) ont relu, quarante ans après, les hypothèses de Stephen Krashen sur l’acquisition des langues. Leur conclusion : son cadre formel a été abandonné, mais plusieurs de ses idées survivent sous d’autres noms. La plus solide est celle de l’input compréhensible : on acquiert une langue d’abord en comprenant ce qu’on entend et ce qu’on lit, et cet input doit se situer juste au-dessus de ce qu’on sait déjà. Le fameux « i + 1 » n’a jamais été mesurable tel quel ; la recherche sur le vocabulaire lui a donné une forme concrète.

Cette forme vient de Paul Nation (Nation, 2007). Pour qu’un texte ou un audio serve à apprendre, il faut que 95 à 98 % des mots soient déjà connus, soit deux à cinq mots nouveaux par centaine. En dessous, tu déchiffres au lieu de comprendre ; au-dessus, tu ne rencontres plus rien de nouveau. Nation propose aussi un équilibre pour un programme entier, qu’il appelle les quatre volets : l’input centré sur le sens (écouter, lire), la production centrée sur le sens (parler, écrire), l’étude de la langue (grammaire, vocabulaire, prononciation) et le développement de la fluidité (refaire du facile, vite). Il recommande d’accorder à peu près le même temps à chacun.

En mots simples : un plateau au B1 vient souvent de deux déséquilibres. D’abord, l’input est mal calibré : les contenus faciles rassurent mais n’apportent plus rien, et les contenus « authentiques » à 85 % de mots connus épuisent sans nourrir. Ensuite, la production est presque absente. Beaucoup écoutent des heures et parlent quelques minutes par semaine, alors que Nation met les deux à égalité. Lichtman et VanPatten le rappellent : la compréhension précède la production, mais la production émerge quand on l’exerce, pas quand on l’attend.

Fais ça aujourd’hui

Prends un article ou un audio court et compte, sur cent mots, ceux que tu ne connais pas. S’il y en a deux à cinq, c’est ton cran au-dessus. S’il y en a plus, cherche plus simple ; s’il n’y en a aucun, cherche plus riche. Puis, pour chaque minute écoutée, parle une minute : résume à voix haute ce que tu viens d’entendre, en enregistrant sur ton téléphone. Cinq minutes d’écoute, cinq minutes de parole.

Comment nos leçons l’utilisent

Sur la chaîne YouTube HumanFrench, la vidéo « L’ascenseur » raconte une courte histoire avec des mots courants : si tu es au B1, tu devrais en connaître presque tous, ce qui en fait un bon exercice de fluidité. Sa version « shadowing » fait des pauses pour que tu répètes chaque phrase : là, tu produis autant que tu écoutes. L’activité de lecture « Je m’appelle Nadia » (A1) est en dessous de ton niveau, mais son dernier pas, « Dis-le à ta façon », est le geste que tu dois multiplier. Commence par « L’ascenseur ».

La limite honnête

Lichtman et VanPatten proposent une lecture théorique, pas une nouvelle expérience, et le seuil de 95 à 98 % de Nation vient de recherches sur la lecture et le vocabulaire en anglais, pas sur le TCF ou le TEF. Les quatre volets sont une recommandation pédagogique, pas un résultat d’essai contrôlé. Ces repères aident à régler ton entraînement ; ils ne fixent pas combien de temps il faudra pour passer au B2.

Tes questions

Pourquoi je stagne au B1 alors que je travaille ?

Souvent parce que ce que tu écoutes est soit trop facile, soit trop dur, et parce que tu écoutes bien plus que tu ne parles. Le niveau suivant demande les deux réglages.

Que veut dire « compris à 95 à 98 % » ?

Que sur cent mots, tu en connais déjà 95 à 98. Deux à cinq mots nouveaux par centaine, c'est assez pour apprendre et pas trop pour perdre le fil.

Faut-il arrêter la grammaire ?

Non. Nation lui réserve un quart du temps. Le problème n'est pas la grammaire, c'est quand elle prend la place des trois autres quarts.

Références

Lichtman, K., & VanPatten, B. (2021). Was Krashen right? Forty years later. Foreign Language Annals, 54(2), 283–305. doi:10.1111/flan.12552

Nation, P. (2007). The four strands. Innovation in Language Learning and Teaching, 1(1), 2–13. doi:10.2167/illt039.0

Essayer la leçon gratuiteLes cours enregistrésBientôt

À lire aussi