Le problème
Tu lances une série française, tu tiens trois minutes sans sous-titres, puis tu craques et tu les actives. Et là, une petite voix : « Tu triches. Tu ne fais que lire. » Tu finis l’épisode avec un mélange de plaisir et de mauvaise conscience, et l’impression que ton oreille n’a pas travaillé.
Cette voix se trompe sur un point précis : le problème n’est pas de lire, c’est de lire quoi, et quand.
Ce que la recherche a trouvé
Maribel Montero Perez et ses collègues de l’université de Louvain ont rassemblé tout ce qui avait été publié sur les vidéos sous-titrées dans la langue qu’on apprend, ce que les chercheurs appellent des « captions » (Montero Perez, Van Den Noortgate & Desmet, 2013). Ils ont retenu 18 études et en ont fait une méta-analyse, c’est-à-dire un calcul qui combine les résultats de toutes ces études pour mesurer un effet global.
L’effet est grand. Pour la compréhension orale, sur 15 études, les sous-titres en langue cible produisent un effet de g = 0,99, ce que les statisticiens classent parmi les effets importants. Pour le vocabulaire, sur 10 études, l’effet est de g = 0,87. Et un détail compte pour toi : le niveau des apprenants ne changeait pas ce résultat. Les débutants en profitaient autant que les avancés.
Le mécanisme est le même que dans l’article précédent : les sous-titres découpent le flux sonore en mots. Ton oreille entend « jenesaipas » et tes yeux lui disent « je ne sais pas ». À force, l’oreille apprend à faire ce découpage seule.
Une autre équipe a poussé la logique dans un cadre différent (Lee & Mayer, 2018). Des étudiants coréens ont suivi une leçon vidéo de seize minutes en anglais, leur deuxième langue, avec la voix seule, le texte seul, ou la voix et le texte ensemble. En langue maternelle, on sait que le texte qui double la voix gêne. Ici, c’était l’inverse : voix et texte ensemble faisaient mieux que la voix seule, et les étudiants trouvaient la leçon moins difficile. Quand tu apprends dans une langue étrangère, le texte n’est pas une redondance : c’est un soutien.
Fais ça aujourd’hui
Choisis une vidéo courte en français, deux ou trois minutes. Premier passage sans sous-titres : tu notes mentalement ce que tu as attrapé, même si c’est peu. Deuxième passage avec les sous-titres français, jamais dans ta langue. Repère les moments où tu te dis « ah, c’était ça ». Ce sont les mots que tu connaissais sans les reconnaître, et c’est là que ton oreille progresse. Deux passages, cinq minutes, aucune culpabilité.
Comment nos leçons l’utilisent
La vidéo « L’ascenseur », sur la chaîne YouTube HumanFrench, se prête bien à cette méthode : écoute-la d’abord sans lire, essaie de répondre, puis réécoute avec le texte à l’écran pour voir ce que tu avais manqué. Sa version shadowing reprend l’histoire avec des pauses pour répéter chaque phrase à voix haute, ce qui transforme les mots vus en mots entendus et prononcés. Pour le côté lecture, « Je m’appelle Nadia » travaille le même réflexe : lire, cacher, retrouver. Va voir « L’ascenseur ».
La limite honnête
La méta-analyse porte sur des sous-titres dans la langue cible, surtout pour l’anglais, dans des conditions de recherche avec des tests juste après le visionnage. Elle ne dit rien des sous-titres dans ta langue, ni de l’effet sur des mois. L’étude de Lee et Mayer mesurait la compréhension d’un contenu scientifique, pas l’apprentissage de la langue. Et un effet de groupe ne garantit pas ton effet à toi : essaie, et garde ce qui t’aide.
Tes questions
Sous-titres en français ou dans ma langue ?
En français. Les études de la méta-analyse portent sur des sous-titres dans la langue qu'on apprend. Dans ta langue, tu lis une traduction et ton oreille se met en pause.
Et si je n'arrive pas à suivre les sous-titres français ?
Choisis une vidéo plus courte et plus lente, pas des sous-titres dans ta langue. Le but est que les mots écrits collent aux sons, pas de tout comprendre du premier coup.
Je dois les enlever un jour ?
Oui, progressivement, et c'est pour ça que le premier passage se fait sans. Tu gardes le deuxième passage sous-titré tant qu'il t'apprend des choses.
Références
Montero Perez, M., Van Den Noortgate, W., & Desmet, P. (2013). Captioned video for L2 listening and vocabulary learning: A meta-analysis. System, 41(3), 720–739. doi:10.1016/j.system.2013.07.013
Lee, H., & Mayer, R. E. (2018). Fostering learning from instructional video in a second language. Applied Cognitive Psychology, 32(5), 648–654. doi:10.1002/acp.3436
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