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LE LABO · Je ne comprends pas à l’oral · Nº 9

Dois-je apprendre le vocabulaire avant d'écouter ? Ce qui aide vraiment, d'après 160 étudiants

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Avant de lancer un audio, tu fais tes devoirs : tu cherches le vocabulaire, tu notes dix mots, tu les révises. Puis tu écoutes, et c’est aussi flou qu’avant. Les mots de ta liste passent sans que tu les reconnaisses, ou bien tu les attrapes et tu perds tout le reste. Tu te dis qu’il t’en manquait encore, et que la prochaine fois il faudra une liste plus longue.

La liste n’est pas trop courte : ce n’est simplement pas le bon outil.

Ce que la recherche a trouvé

Anna Chang et John Read ont posé la question directement à 160 étudiants taïwanais d’un cours d’anglais oral obligatoire (Chang & Read, 2006). Ils ont comparé quatre façons de préparer une écoute : lire les questions à l’avance, écouter deux fois, recevoir des informations sur le sujet, ou apprendre le vocabulaire du texte juste avant. Chaque groupe passait ensuite le même test.

Le classement est net. L’aide la plus efficace était l’information sur le sujet : savoir de quoi on va parler, dans quelle situation. Juste derrière venait la répétition de l’écoute. Et tout en bas, quel que soit le niveau des étudiants, l’apprentissage du vocabulaire avant l’écoute. Les auteurs le décrivent comme la forme de soutien la moins utile de leur étude.

Pourquoi une liste de mots aide-t-elle si peu ? Parce qu’un mot appris isolément, à l’écrit, cinq minutes avant, n’a pas encore de forme sonore dans ta tête. Ton oreille ne le reconnaît pas dans le flux, et le temps passé à le chercher te fait manquer la suite. Le contexte, lui, fonctionne autrement : il ne te donne pas les mots, il te donne des attentes. Si tu sais que deux voisins sont coincés dans un ascenseur, tu devines qu’on va parler de temps, de bouton, d’appeler quelqu’un, et ton cerveau reconnaît plus vite ce qu’il attendait.

Carol Herron l’avait montré dès les années 1990 avec des étudiants de français aux États-Unis (Herron, 1994). Avant une vidéo, un groupe recevait quelques phrases qui résumaient les grandes scènes, ce que les chercheurs appellent un « organisateur préalable ». Ces étudiants comprenaient mieux la vidéo que ceux qui la regardaient sans préparation. Quelques phrases, pas une liste.

Fais ça aujourd’hui

Avant ta prochaine écoute, remplace la liste de mots par une seule ligne, que tu écris ou que tu dis à voix haute : qui parle, où ils sont, ce qui est en train de se passer. Si tu ne le sais pas, lis le titre et la description, ou regarde l’image, et devine. Puis écoute sans rien d’autre. Tu verras que ton oreille attrape plus de choses quand elle sait quoi attendre, même sans connaître les mots.

Comment nos leçons l’utilisent

La vidéo « L’ascenseur », sur la chaîne YouTube HumanFrench, se prête bien à ce réflexe : le titre te donne déjà le lieu, il te reste à deviner qui et quoi. Écoute-la une première fois sans lire, essaie de répondre aux questions, puis réécoute. Sa version shadowing reprend la même histoire avec des pauses pour répéter chaque phrase, et le vocabulaire s’installe là, dans l’histoire, pas dans une liste. Et « Je m’appelle Nadia » fait la même chose côté lecture. Va écouter « L’ascenseur ».

La limite honnête

L’étude de Chang et Read porte sur des étudiants taïwanais en anglais, dans une situation de test, avec une seule séance par type d’aide. Elle compare des aides données juste avant l’écoute ; elle ne dit rien d’un vocabulaire appris des semaines plus tôt, qui, lui, aide évidemment. Le niveau des étudiants modifiait certains effets. Et l’étude de Herron date de 1994, avec de petits groupes : une indication, pas une preuve définitive.

Tes questions

Donc je ne dois plus jamais apprendre de vocabulaire ?

Si, bien sûr, mais pas juste avant d'écouter, et pas sous forme de liste. Les mots s'apprennent mieux quand tu les rencontres dans l'histoire, avec le contexte autour.

Une ligne de contexte, c'est quoi concrètement ?

Trois réponses : qui parle, où, et ce qui se passe. Par exemple : « Deux voisins, dans un ascenseur en panne, un matin de semaine. » Ça suffit pour que ton cerveau prépare le terrain.

Références

Chang, A. C-S., & Read, J. (2006). The effects of listening support on the listening performance of EFL learners. TESOL Quarterly, 40(2), 375–397. doi:10.2307/40264527

Herron, C. (1994). An investigation of the effectiveness of using an advance organizer to introduce video in the foreign language classroom. The Modern Language Journal, 78(2), 190–198. doi:10.1111/j.1540-4781.1994.tb02032.x

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