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LE LABO · Est-ce vrai que… · Nº 23

Faut-il tout mélanger quand on révise ? — oui pour la grammaire, non pour les mots

Par Débonnaire · 3 min de lecture

Le problème

Tu as entendu qu’il fallait « tout mélanger » pour que ça rentre. Alors ta séance ressemble à un tiroir renversé : trois verbes au passé composé, huit mots de cuisine, deux phrases à l’imparfait, une liste de couleurs. Au bout de vingt minutes, tu ne sais plus ce que tu travaillais, tu as l’impression d’avoir tout effleuré et rien tenu. Tu te dis que tu es désorganisé.

Tu n’es pas désorganisé : tu as appliqué un bon conseil au mauvais matériel.

Ce que la recherche a trouvé

Le conseil vient de vraies études. Nakata et Suzuki (2019) ont fait travailler 115 étudiants japonais sur cinq structures de grammaire anglaise. Un groupe faisait ses exercices en blocs, une structure après l’autre. Un autre les mélangeait dès le départ. Un troisième commençait en blocs puis mélangeait de plus en plus. Pendant l’entraînement, le groupe « mélange » faisait le plus d’erreurs. Une semaine plus tard, sur un test de jugement de grammaticalité, c’est lui qui retenait le mieux, et l’avantage était plus grand chez ceux qui partaient de plus bas.

Mais la même année, Brunmair et Richter (2019) ont rassemblé 59 études, 238 mesures, sur le mélange de tous les types de matériel. En moyenne, mélanger aide (g = 0,42, un effet moyen ; le g mesure l’écart entre deux groupes en parts d’écart-type). Pour reconnaître des styles de peinture, l’effet est fort. Pour les problèmes de maths, il est petit. Pour les listes de mots, il s’inverse : g = −0,39, apprendre en blocs fait mieux que mélanger.

Le mécanisme rend ces résultats cohérents. Mélanger aide quand la tâche consiste à distinguer des choses qui se ressemblent : le passé composé et l’imparfait, ou deux terminaisons proches. Voir les cas côte à côte oblige le cerveau à repérer ce qui les sépare, et c’est cette comparaison qui reste. Une liste de mots ne demande pas de distinction ; chaque mot est son propre petit apprentissage. La mélanger avec d’autres tas ne crée pas de comparaison utile, juste de la charge.

Fais ça aujourd’hui

Prends ta prochaine séance et coupe-la en deux. Première moitié, en bloc : dix mots d’un même univers, la cuisine ou les transports, répétés jusqu’à ce que tu les retrouves seul. Deuxième moitié, en mélange : cinq phrases où tu dois choisir entre deux points de grammaire que tu confonds, dans un ordre imprévisible. Tu vas te tromper plus dans la seconde moitié. C’est le prix du mélange, et c’est ce qui le rend efficace.

Comment nos leçons l’utilisent

L’activité de lecture « Je m’appelle Nadia » (A1) est un bloc, au bon sens du mot : une seule histoire, un seul univers de mots, que tu lis, caches et rappelles en trois détails, son prénom, sa ville, ce qu’elle aime le samedi. Rien n’est mélangé, et c’est voulu. Puis « Dis-le à ta façon » te fait produire trois phrases sur toi, et c’est là que tu commences à choisir toi-même, entre ce que tu sais et ce que tu veux dire. Je m’appelle Nadia (A1)

La limite honnête

Nakata et Suzuki ont mesuré la grammaire de l’anglais chez des étudiants japonais, sur une semaine, par des jugements de grammaticalité, pas par la parole. La méta-analyse de Brunmair et Richter vient surtout de laboratoires et de matériel non linguistique ; le résultat sur les mots repose sur un petit nombre d’études. « Grammaire mélangée, mots en blocs » est un guide raisonnable, pas une loi.

Tes questions

Pourquoi le mélange marche pour la grammaire et pas pour les mots ?

Mélanger aide quand il faut apprendre à distinguer des choses qui se ressemblent, comme deux temps du passé. Une liste de mots sans lien ne demande pas de distinction : la mélanger ajoute juste du bruit.

Mélanger, ça veut dire réviser plusieurs langues en même temps ?

Non. Il s'agit de mélanger plusieurs points de grammaire du français dans une même séance d'exercices, pas de passer de l'espagnol au français.

Pendant les exercices mélangés, je me trompe beaucoup plus. C'est mauvais signe ?

C'est attendu. Dans l'étude de Nakata et Suzuki, le groupe qui mélangeait faisait le plus d'erreurs pendant l'entraînement, et retenait le mieux une semaine après.

Références

Nakata, T., & Suzuki, Y. (2019). Mixing grammar exercises facilitates long-term retention: Effects of blocking, interleaving, and increasing practice. The Modern Language Journal, 103(3), 629–647. doi:10.1111/modl.12581

Brunmair, M., & Richter, T. (2019). Similarity matters: A meta-analysis of interleaved learning and its moderators. Psychological Bulletin, 145(11), 1029–1052. doi:10.1037/bul0000209

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