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LE LABO · Est-ce vrai que… · Nº 22

Marcher en apprenant, ça aide à retenir ? — c'est pratique, pas magique

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Tu as lu quelque part que le cerveau retient mieux quand le corps bouge. Alors tu enfiles tes écouteurs, tu pars marcher avec un audio de français, et tu attends que les mots s’installent comme par gravité. Au retour, tu te souviens du chien qui t’a aboyé dessus et d’un feu rouge trop long, mais la phrase que tu voulais retenir a filé avec le vent. Tu te demandes si tu as marché trop vite, ou pas assez.

Tu n’as pas mal marché : on t’a vendu la promenade comme une méthode, alors qu’elle est un créneau.

Ce que la recherche a trouvé

L’idée vient d’expériences réelles. Schmidt-Kassow et ses collègues (2013), à Francfort, ont fait apprendre 80 mots polonais à 81 jeunes femmes, en deux séances. Un groupe pédalait doucement sur un vélo d’appartement pendant l’écoute, l’autre restait assis. Les cyclistes retenaient un peu plus de mots, et l’effet était net surtout chez celles qui partaient le plus bas. Une revue de la même époque (Roig, Nordbrandt, Geertsen et Nielsen, 2013) concluait qu’une séance d’exercice a un effet moyen à grand sur la mémoire à long terme, mais surtout quand on bouge avant ou après l’apprentissage, pas pendant.

Onze ans plus tard, Qazi et ses collègues (2024) ont rassemblé 42 expériences sur l’effet d’une séance d’exercice sur la mémoire épisodique, celle des faits et des mots qu’on a rencontrés. Bouger avant d’apprendre donne un petit gain (d = 0,23, un effet modeste). Bouger après en donne un autre, du même ordre. Bouger pendant qu’on apprend donne d = −0,04, autrement dit rien. L’effet moyen est nul, et les études qui trouvent un bénéfice sont compensées par celles qui trouvent une gêne.

Le mécanisme explique le partage. L’exercice modéré libère des molécules qui rendent le cerveau plus disposé à fixer des souvenirs, c’est l’argument de Roig et de Schmidt-Kassow. Mais apprendre demande aussi de l’attention, et l’attention est une ressource que la marche, le trafic et l’essoufflement consomment. Les deux forces s’annulent en moyenne. Ce qui reste, c’est le côté pratique : une marche est vingt minutes que tu n’aurais pas trouvées assis.

Fais ça aujourd’hui

Choisis un trajet que tu fais déjà, à pied, sans circulation compliquée. Mets une seule histoire courte en français, pas une playlist. Écoute-la deux fois. À l’arrivée, avant de faire autre chose, dis à voix basse trois choses dont tu te souviens. Si tu retrouves les trois, la marche a rempli son rôle : elle t’a donné un créneau et un rappel. Si tu ne retrouves rien, marche moins vite, ou écoute assis demain.

Comment nos leçons l’utilisent

Nos deux vidéos d’écoute sur la chaîne YouTube HumanFrench sont faites pour ce format : « L’ascenseur », une histoire courte, et sa version shadowing, la même histoire avec des pauses pour répéter chaque phrase. La première version se prête bien à une marche tranquille. La version shadowing demande la bouche et un peu de souffle, donc réserve-la à un moment où tu peux parler sans gêne, sur un banc ou chez toi. Dans les deux cas, termine par un rappel : trois détails, à voix haute. « L’ascenseur »

La limite honnête

La méta-analyse de Qazi et ses collègues porte sur des séances d’exercice uniques, souvent sur vélo ou tapis, avec des listes de mots ou d’images, rarement une langue étrangère. Les 81 participantes de Schmidt-Kassow étaient de jeunes femmes, et l’effet s’est vu surtout chez les moins performantes. Aucune étude ici ne suit des apprenants sur des mois. Marcher ne nuit pas ; les preuves qu’elle aide pendant l’apprentissage restent faibles.

Tes questions

Donc marcher en écoutant du français, c'est inutile ?

Non, c'est neutre pour la mémoire et très utile pour ta journée : ça transforme un trajet en séance. L'effet vient du temps gagné, pas des jambes.

Et courir, ou faire du vélo à fond, pendant que j'apprends ?

Là, l'attention manque. Les études qui trouvent un bénéfice utilisent un effort léger, à une intensité où on peut encore parler.

Vaut-il mieux bouger avant ou après la séance ?

Les deux moments montrent de petits effets positifs dans la méta-analyse de Qazi et ses collègues. Une marche avant de t'asseoir n'est pas une mauvaise idée.

Références

Qazi, A. S., Schmid, D., Gridley, N., Lambourne, K., Daly-Smith, A. J., & Tomporowski, P. D. (2024). The effects of acute exercise on long-term episodic memory: A systematic review and meta-analysis. Frontiers in Cognition, 3, 1367569. doi:10.3389/fcogn.2024.1367569

Schmidt-Kassow, M., Deusser, M., Thiel, C., Otterbein, S., Montag, C., Reuter, M., Banzer, W., & Kaiser, J. (2013). Physical exercise during encoding improves vocabulary learning in young female adults: A neuroendocrinological study. PLoS ONE, 8(5), e64172. doi:10.1371/journal.pone.0064172

Roig, M., Nordbrandt, S., Geertsen, S. S., & Nielsen, J. B. (2013). The effects of cardiovascular exercise on human memory: A review with meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 37(8), 1645–1666. doi:10.1016/j.neubiorev.2013.06.012

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