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LE LABO · Je n’arrive pas à continuer · Nº 20

Je déteste qu'on me dise quoi faire — choisis l'ordre, saute ce que tu n'aimes pas

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Leçon 1, leçon 2, leçon 3. Tu n’as pas le droit d’ouvrir la 4 avant d’avoir validé la 3, et la 3 parle des couleurs, dont tu n’as rien à faire. Tu sens monter une vieille irritation d’école : on te dit quoi faire, dans quel ordre, à quel rythme. Alors tu fais ce que tu as toujours fait avec les gens qui te commandent : tu traînes des pieds, puis tu disparais.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est un besoin d’autonomie, et il se nourrit.

Ce que la recherche a trouvé

Erika Patall, Harris Cooper et Jorgianne Robinson (2008) ont rassemblé 41 études, soit 46 échantillons, sur une question simple : que se passe-t-il quand on laisse quelqu’un choisir, même un détail, au lieu de tout lui imposer ? Ils ont regardé la motivation intrinsèque, c’est-à-dire l’envie de faire une activité pour elle-même, mais aussi l’effort fourni, la performance et le sentiment de compétence. Le résultat d’ensemble est modeste mais net : donner le choix produit un effet moyen de d = 0,30 sur ces mesures, en faveur des personnes qui choisissent. Deux précisions utiles : l’effet est plus fort quand on propose plusieurs petits choix successifs, entre deux et quatre, plutôt qu’une longue liste, et il est plus fort quand aucune récompense extérieure ne vient s’en mêler. Le mécanisme, selon les auteurs, tient au sentiment d’être à l’origine de ce qu’on fait : une activité choisie devient la mienne, et je la défends.

Pour le français précisément, Kimberly Noels, Richard Clément et Luc Pelletier (1999) ont interrogé 78 étudiants anglophones inscrits à un stage d’immersion en français de six semaines à l’université d’Ottawa. Ils ont mesuré comment ces étudiants percevaient leur professeur, plus ou moins contrôlant, plus ou moins informatif, et leur type de motivation. Plus les étudiants trouvaient leur professeur contrôlant, moins ils ressentaient de motivation intrinsèque et plus ils étaient anxieux en classe. À l’inverse, ceux qui avaient le sentiment d’avoir choisi eux-mêmes d’apprendre, et qui apprenaient par plaisir, faisaient plus d’efforts, avaient davantage l’intention de continuer et se sentaient moins anxieux. Le contrôle imposé de l’extérieur ne fait pas travailler plus : il fait aimer moins.

Fais ça aujourd’hui

Prends ce que tu utilises pour apprendre, une appli, un manuel, une chaîne, et fais trois choix en cinq minutes. D’abord, l’ordre : ouvre ce qui t’attire, pas ce qui vient ensuite. Puis, la coupe : repère une chose que tu détestes, la dictée, la liste de verbes, et décide de la sauter cette semaine. Enfin, la forme : lire, écouter ou parler, à toi de voir. Note ces trois décisions. Elles font de ce parcours le tien.

Comment nos leçons l’utilisent

Rien n’est verrouillé chez nous. Tu peux commencer par « Je m’appelle Nadia », lire l’histoire, la cacher, retrouver trois détails et dire trois phrases sur toi ; ou tu peux commencer par la vidéo « L’ascenseur » en marchant, et ne faire la version avec pauses que si répéter te plaît. Tu peux sauter « Dis-le à ta façon » si tu n’as pas envie de parler aujourd’hui, et y revenir un autre jour. L’ordre, c’est toi. Commence par Je m’appelle Nadia (A1), ou pas.

La limite honnête

Un effet de d = 0,30 est réel mais petit : le choix aide, il ne transforme pas tout. La méta-analyse de Patall et ses collègues mélange des tâches de laboratoire et des activités scolaires, souvent avec des enfants, chez qui l’effet est plus fort que chez les adultes. L’étude de Noels et ses collègues est une enquête par questionnaire sur 78 personnes, en immersion, qui montre des liens, pas des causes. Choisir librement ne remplace pas la régularité : cela rend la régularité plus facile à aimer.

Tes questions

Si je saute ce que je n'aime pas, je vais avoir des trous, non ?

Peut-être, et ce n'est pas grave. Ce que tu sautes aujourd'hui, tu le recroiseras dans une autre histoire. Un trou dans un parcours que tu continues vaut mieux qu'un parcours complet que tu as abandonné.

Trop de choix, ça ne paralyse pas ?

Si. La méta-analyse de Patall et ses collègues trouve que l'effet est meilleur avec quelques choix successifs, deux à quatre, qu'avec une longue liste. Choisis entre deux ou trois choses, pas entre cinquante.

Références

Patall, E. A., Cooper, H., & Robinson, J. C. (2008). The effects of choice on intrinsic motivation and related outcomes: A meta-analysis of research findings. Psychological Bulletin, 134(2), 270–300. doi:10.1037/0033-2909.134.2.270

Noels, K. A., Clément, R., & Pelletier, L. G. (1999). Perceptions of teachers' communicative style and students' intrinsic and extrinsic motivation. The Modern Language Journal, 83(1), 23–34. doi:10.1111/0026-7902.00003

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