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LE LABO · Je n’arrive pas à continuer · Nº 19

Je me sens bête quand je me trompe — devine avant de savoir, une erreur compte aussi

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Tu dis « je suis allé au magasin » et quelqu’un corrige : « allée ». Tu écris « beaucoup des gens » et le correcteur souligne en rouge. Chaque fois, une petite voix dit : à ton âge, tu devrais savoir. Tu rougis, et tu commences à parler moins, à écrire moins, à choisir les phrases sûres. Au bout d’un moment, tu ne te trompes plus, parce que tu n’essaies plus.

L’erreur n’est pas le signe que tu es bête. C’est le moment précis où ton cerveau est prêt à apprendre.

Ce que la recherche a trouvé

Commençons par l’erreur elle-même. Nate Kornell, Matthew Hays et Robert Bjork (2009) ont posé une question simple : si tu essaies de répondre et que tu te trompes, est-ce que cela nuit à l’apprentissage ou est-ce que cela l’aide ? Dans six expériences, ils ont fait deviner à des étudiants des réponses qu’ils ne pouvaient pas connaître, par exemple un mot faiblement lié à un autre, avant de leur montrer la bonne réponse. Les autres participants lisaient directement la question avec sa réponse. Résultat : ceux qui avaient d’abord deviné, et donc échoué, retenaient mieux la bonne réponse au test final. Le mécanisme est simple : chercher active ce que tu sais déjà autour de la question, et la bonne réponse vient ensuite se ranger dans un espace déjà préparé. Lire sans chercher ne prépare rien.

Reste la honte, qui fait abandonner. Juliana Breines et Serena Chen (2012) ont mené quatre expériences sur ce qui se passe après un échec selon la façon dont on se parle. Dans l’une d’elles, des étudiants ont passé un test de vocabulaire difficile, échoué, puis ont reçu une consigne : certains devaient s’écrire quelques lignes avec compassion, comme à un ami ; d’autres devaient se rassurer sur leurs qualités ; d’autres n’ont rien reçu. On leur a ensuite donné du temps libre pour réviser avant un second test. Ceux qui s’étaient parlé avec compassion ont passé plus de temps à réviser que les autres. Dans les autres expériences, la même consigne augmentait l’envie de corriger une faiblesse personnelle et la croyance que l’on peut s’améliorer. La douceur envers soi ne rend pas paresseux ; elle rend l’échec supportable, donc utile.

Fais ça aujourd’hui

Prends un texte court avec des mots que tu ne connais pas. Avant de regarder la traduction ou le dictionnaire, devine chaque mot inconnu à voix haute, même n’importe quoi. Puis vérifie. Quand tu t’es trompé, et tu te tromperas souvent, dis simplement : « Bien, maintenant je le sais. » Pas de soupir, pas de commentaire sur ton intelligence. Cinq minutes, une dizaine de mots : chaque tentative ratée compte comme du travail fait.

Comment nos leçons l’utilisent

« Je m’appelle Nadia » te demande de deviner avant de savoir : tu lis l’histoire, tu la caches, et tu essaies de retrouver trois détails, le prénom, la ville, ce qu’elle aime le samedi. Si tu en rates un, tu vérifies et tu continues, sans note, sans jugement. Puis « Dis-le à ta façon » : trois phrases sur toi, avec les fautes qui viennent. Tu peux la refaire demain ; les erreurs d’aujourd’hui rendront demain plus facile. Commence par Je m’appelle Nadia (A1).

La limite honnête

Les expériences de Breines et Chen ont été faites avec des étudiants américains, sur des tests courts, et mesurent le temps de révision ou la motivation déclarée, pas le niveau de français atteint des mois plus tard. Celles de Kornell et ses collègues portent sur des paires de mots et des questions de culture générale en anglais, avec la bonne réponse donnée immédiatement après la tentative ; on ne sait pas ce qui se passe si la correction arrive beaucoup plus tard. Ces résultats disent qu’essayer et rater n’abîme rien ; ils ne disent pas que toute erreur est bonne à laisser sans correction.

Tes questions

Être doux avec soi, ce n'est pas se trouver des excuses ?

Non. Dans l'étude de Breines et Chen, les personnes qui se parlaient avec compassion après un échec ont travaillé plus, pas moins. Se juger durement donne envie de fuir ; se comprendre donne envie de réessayer.

Et si je devine faux et que la mauvaise réponse me reste en tête ?

C'est la crainte classique, et les expériences de Kornell et ses collègues montrent le contraire : à condition de voir la bonne réponse juste après, la tentative ratée aide plutôt qu'elle ne gêne.

Références

Breines, J. G., & Chen, S. (2012). Self-compassion increases self-improvement motivation. Personality and Social Psychology Bulletin, 38(9), 1133–1143. doi:10.1177/0146167212445599

Kornell, N., Hays, M. J., & Bjork, R. A. (2009). Unsuccessful retrieval attempts enhance subsequent learning. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 35(4), 989–998. doi:10.1037/a0015729

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